Télécharger le film de présentation des sites de la vallée du Ferrand (38 Mo)
Le but de notre section est de réhabiliter les sites et les chemins rappelant l'histoire des protestants, toute une population de la vallée du Ferrand, qui avait adhéré à cette religion réformée dans les années 1550 à 1685. Nous formons une équipe motivée de volontaires. Nous avons entrepris de nettoyer les sites, de prévoir des balisages et la pose de poteaux de signalisation. Nous avons déjà travaillé sur : – l'emplacement du cimetière des huguenots à Clavans – l'emplacement du temple à Besse – l'emplacement de la fontaine du pasteur Jean Blanc au hameau de Bonnefin.
Gérard Gaude
|
|
|
|
Dans les pas des Protestants de la vallée du Ferrand... |
| |

Dans les replis protecteurs d’une montagne amère, les huguenots ont cheminé.
Pourquoi ?
Quand ?
Où ?
Comment ?
Une équipe se constitue autour de Gérard Gaude pour tenter de répondre et raviver les souvenirs.
L’histoire des guerres de religion a marqué la Vallée du Ferrand. Les communautés de Besse, Clavans, La Grave, Mizoën étaient peuplées de Protestants vers 1560. Calvin envoyait des pasteurs à Mizoën à cette date. Vers 1670, les protestants étaient majoritaires dans les dites communautés (100% à Mizoën).
Après l’épisode des guerres de religion, le gouvernement de Louis XIV cherchait par tous les moyens à diminuer le nombre de « prétendants de la religion prétendue réformée ». Dans certaines communautés : exclusion des offices municipaux, démolition des temples ; des dragons furent cantonnés dans toutes les communautés de province comptant des protestants. Avec les dragonnades et leurs odieux abus, toutes les vexations possibles sont employées pour avoir raison de l’opiniâtre résistance des populations de la Vallée.
Louis XIV signe la révocation de l’Edit de tolérance de Nantes le 18 Octobre 1685. Les protestants, dits hérétiques, sont mis en demeure « d’abjurer » leurs convictions religieuses. Par ce texte, il était défendu expressément de quitter le royaume sous peine de galère pour les hommes, de confiscation de corps pour les femmes (prison perpétuelle). Malgré ces menaces sévères, de nombreux réformés préfèrent la fuite et l’exil.
Les protestants ont déjà commencé à se retirer ou à s’exiler dans des pays plus tolérants : Suisse, Allemagne, Pays Bas, Angleterre. La révocation entraîna de grands départs, par familles complètes. Beaucoup d’entre eux n’arriveront pas à leur but. Arrêtés à la frontière de la Savoie, ils furent ramenés à Grenoble où ils furent jugés et condamnés, avec une rigueur extrême, par le Parlement.
Malgré toutes les difficultés, les désertions continuent de plus belle. Les biens des réformés sont vendus, ceux des églises sont affectés à divers usages. La maison du Ministre de Besse fut donnée au maître d’école en 1687 (courrier de Le Clerc, aide-major de la Ville de Grenoble …).
"À Monsieur le Consul de Besse,
Je vous prie Monsieur le Consul de faire mettre dans la maison qui a appartenu au ministre dudit lieu et qui est vacante par sa désertion, le sieur André Roux, fils à feu Pierre, maître d’école dudit lieu, pour y tenir son école, tout le temps qu’il plaira à Monsieur l’Intendant de le tenir pour agréable, faisant le présent sous son bon plaisir. Je le prie aussi de faire remettre à Mr.Guerre, curé de Besse, par le séquestre de la maison délaissée par le sieur Jean Berard, religionnaire, qui a déserté ledit lieu et le royaume, un des bois de lit qui se trouvent dans ladite maison, moyennant un billet par lequel il promet de le représenter toutes les fois que je l’en requérirai ou qu’il en sera requis par ceux qui pourront être ordonnés par Monseigneur l’Intendant ou d’en payer la légitime valeur.
Fait à Clavans-d’en-Haut,
ce 14 novembre 1687.
Signé : Le Clair »
Ainsi disparaît le protestantisme dans notre région. Le pays s’en trouve singulièrement affaibli. Les terres vont, pendant longtemps, rester incultes et les communautés de Besse, Clavans, Mizoën (qui étaient d’importantes paroisses), vont perdre la moitié de leur population et ne la retrouveront jamais.
Les protestants, comme nous l’indiquons plus haut, vont s’échapper de la Vallée du Ferrand par le Col des Prés Nouveaux (à la frontière de la Savoie). Ils vont utiliser les chemins de montagne qui partent de Mizoën, Besse et Clavans pour rejoindre le Col de la Valette, le Col des Prés Nouveaux et passer en Savoie .
Les débuts du protestantisme en Haut-Dauphiné
Ce sont deux marchands de Besse et Mizoën, Didier Sauvage et Thomas Joffrey, qui peuvent être considérés comme les initiateurs de l'introduction des idées de la Réforme en haut-Oisans. Furent d'abord touchés par ces nouveaux préceptes religieux les communautés de la vallée du Ferrand (Besse, Clavans, Mizoën). La Grave, les Hières et Villar d'Arène suivront le mouvement qui s'étendra ensuite à Mont-de-Lans et à un degré moindre au Freney et à Auris.
Le nom de Didier Sauvage apparaît dès 1562. Au mois de juillet, il se rendit à Genève pour ramener les ministres Simon Faure (ou Fabri) et Daniel Bermond qui exerceront respectivement à Mizoën et Besse. Mais les tensions étaient grandes entre les deux communautés et, en mai 1563, les catholiques de Besse eurent à se plaindre du pillage de leur église par une compagnie huguenote menée par Thomas Joffrey de Mizoën. Cette même année, le châtelain du Bourg-d'Oisans adressa diverses injonctions aux ministres, leur demandant de quitter les lieux ; celui de Besse dut sans doute obtempérer car nous n'en entendrons plus parler. Le Parlement de Dauphiné, hostile aux nouvelles idées, avait alors rappelé aux habitants d'Oisans qu'il ne devait y avoir aucun prêche public ou privé dans leurs communautés et qu'il leur était seulement permis "de vivre en leurs maisons en liberté de leurs consciences".
Un incident survint en décembre 1564. Un groupe de huguenots, à la tête duquel se trouvait Didier Sauvage, entra sans autorisation dans l'église, pendant l'office catholique, pour procéder à "l'ensevelissement" de Jehanna Roulx Poullet.
En juillet 1565, le ministre de Mizoën Simon Faure, qui avait été emprisonné Porte Traine, fut condamné au bannissement à perpétuité du royaume de France.
Le Parlement poursuivit ses actions pour faire cesser la pratique publique de la nouvelle religion et le seigneur de Gordes, lieutenant-général, se rendit même dans les montagnes du Bourg-d'Oisans pour que les huguenots de Besse, Clavans et Mizoën mettent bas les armes et cessent tous guets.
Une réunion de réformés ayant eu lieu dans le bâtiment d'habitation de Didier Sauvage, sans doute utilisé comme lieu de prière, le châtelain d'Oisans nommé Antoine Lantelme se rendit à Besse avec une compagnie armée. Il est probable que celui-ci exerça des mesures excessives d'intimidation, et qu'il dut en particulier détruire par le feu la maison dudit Sauvage. La réaction des huguenots fut à la hauteur de cette répression ; indignés, ils réagirent violemment à ces provocations et passèrent au fil de l'épée le châtelain et toute sa compagnie... Mais les circonstances exactes de ce drame sanglant resteront une énigme de l'Histoire.
Les coupables furent bien sûr poursuivis, arrêtés et condamnés en décembre 1565. Leurs biens furent saisis et quelques-uns le payèrent de leur vie (Didier Sauvage entre autres).
La reprise des affrontements en 1568 (fin août, début septembre), qui vit le capitaine protestant La Coche de Theys venir recruter en haut-Dauphiné et occuper le Bourg-d'Oisans, provoqua des déchirements au sein des communautés. Une quarantaine de réformés d'Oisans furent décrêtés "criminaulx de leze majesté". De nombreux huguenots préférèrent alors s'exiler, partant pour Genève ou l'ancienne vallée vaudoise de Pragelat.
C'est en l'année 1571 qu'intervint à Clavans une importante transaction entre les deux communautés. Le 17 mars, par sentence arbitrale, les catholiques accordaient à ceux de la religion prétendue réformée un terrain au lieu appelé "à les granges", en bordure du chemin de Sarenne, où ils pourraient "faire leurs sépultures". Il s'agit là en fait de l'acte de création du cimetière huguenot de Clavans qui vient d'être récemment réhabilité (ADI 3 E 14387 p. 414 et suiv.)
Les protestants de l'Oisans n'eurent pas à souffrir des massacres de la St Barthélémy du 24 août 1572, mais l'inquiétude légitime soulevée par ces sombres menaces poussèrent des religionnaires, soit à se convertir (ils furent peu nombreux de l'Oisans : 9 seulement), soit à s'exiler. Ainsi, la ville de Genève reçut-elle une cinquantaine de réformés de notre région à la fin de cette même année 1572...
Un renouveau d'activité sembla se manifester dans les années 1581-82. Des consistoires comprenant anciens et diacres, s'étaient constitués dans les églises du haut-Oisans et délégueront des représentants à divers synodes. Des pasteurs vinrent s'installer dans la vallée du Ferrand : Pierre Bonardel, Jacques Pellet et en dernier lieu André Ripert. Mais la Chambre de l'Edit devait, début 1583, interdire tout exercice public de la religion réformée dans toute la châtellenie d'Oisans.
Il faudra attendre le 13 avril 1598 avec l'Edit de Nantes pour que la liberté de conscience soit accordée aux protestants de nos vallées (dont le nombre dut atteindre les 2 000 en 1562-63 pour tomber ensuite à un millier), avec l'autorisation d'exercer leur culte sous certaines conditions.
Bernard François
Historique
Aux XVIe et XVIIe siècles, les villages de la vallée du Ferrand étaient en grande partie peuplés de personnes appartenant à la religion réformée : la totalité de la population de Mizoën, la moitié des habitants de Clavans et de Besse. C'est une caractéristique originale de ces villages à cette époque. On ne trouve nulle part en Oisans une implantation aussi forte. Il est à remarquer que la plupart des charges importantes (consul, notaire, …) étaient tenues par des protestants.
L'Édit de Nantes, d'avril 1598, qui donnait un statut légal et donc liberté d'expression et de religion aux réformés de France, est révoqué à Fontainebleau le 18 octobre 1689. La quasi-totalité de nos "huguenots" de la vallée du Ferrand préfèrent l'exil à la conversion forcée et aux brimades. Ils se jettent sur les chemins de montagne (la nuit, en cachette, car il leur est interdit de quitter le pays), pour rejoindre le duché de Savoie, hors du Royaume.
On assiste alors au spectacle hallucinant de ces dizaines de personnes : hommes, femmes, enfants, vieillards, valides et impotents, sans bagage pour ne pas donner l'éveil mais solidement armés de leur foi, fuyant, au plus noir des nuits sans lune, parfois dans la tempête, rejoindre les Cols des Prés Nouveaux et de la Valette, frontière franco-savoyarde. Celle-ci est toujours marquée par des bornes en pierre où sont gravées la fleur de lys côté français et la croix de Savoie à l'opposé. De là, s'ils ont eu la chance de ne pas être arrêtés, commence un exil définitif en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Angleterre.
La population de la vallée du Ferrand diminue de moitié. Les biens des réformés sont confisqués, les temples détruits. La mémoire collective des villages retiendra les atrocités commises dans les deux camps durant cette période (voir la monographie de Besse par Paul Hustache). Quelques lieux-dits perpétuent le souvenir : "Cimetière des Huguenots " à Clavans, "Rue du Temple", "Fontaine de Jean Blanc" à Bonnefin où ce pasteur administrait le baptême.
|
| |
|
Tu
sais le mot, le pâtre sait la
chose. | |
|
|
La Fontaine
du Pasteur Jean Blanc
au Hameau
de Bonnefin
Notre équipe a fait du bon travail sur ce site. Le chemin d'accès a été pioché, débroussaillé et bien défini jusqu'à la source.
Son accès est très facile, d'une largeur de 1m environ et en pente douce.
Au printemps prochain, nous redonnerons quelques coups de pioche pour parfaire son accessibilité pour le courant de l'année 2005.
Concernant la source, nous l'avons complètement dégagée des broussailles qui l'entourent.
Le Cimetière des Huguenots
à Clavans
Notre équipe, munie de haches, tronçonneuses et débroussailleuses, a nettoyé tout le terrain.
Nous avons coupé quelques arbres et fauché et enlevé toute l'herbe.
Bois et branchages ont été rangés sur un côté du terrain.
Réalisé dernièrement :
Délimitation du terrain, une murette de béton avec des pierres (de 50 à 60 cm de hauteur) récupérées au-dessus de Clavans.
Au centre la pose d'une stèle en granit avec la CROIX HUGUENOTE.
|