Jérôme Faure
|
|
|
|
Avant que ne s’éteignent les dernières braises sous la cendre du temps... |
| |

Avant que ne s’éteignent les dernières braises sous la cendre du temps.
Delran que ne s’iteigne la dareilra braza sou la sindra do teun.
Pierre-André Dode a présenté un film qui restitue le patois de la vallée du Vénéon. Ce travail ne rend compte que d’une partie des recherches d’une équipe qui est décidée à conserver et faire connaître cet aspect de notre patrimoine.
C’est pourquoi est lancée l’idée d’une section
« Patois de l’Oisans ».
Faites-vous connaître si vous êtes intéressés.
Diou cou sa brava ma mountagna
Et cou saveï si biin lou faire krère
Quan le sourlé l’acoumpagna
Par soun ecla lou matî et lou vepre
Sou senti sembla alla au siyé
Koumo var de plaisi defindou
Et la flour elegante assouai
Semblave parilié o parpayoun eperdous…
Essai de Dan Gahoudet - 2002
Depuis plusieurs années, d’octobre à avril, tous les vendredis après-midi, à la bibliothèque de Venosc, se réunit sous la houlette d’André Dode un groupe de “copains d’un village d’en-haut” : Paule Brun, Maria Martin, Alexis Balme, Jean Bert, André Brun, Denis Dode, Robert Giraud, Ètienne Jouffrey, Charles Martin, Joseph Rochette, Pierre Rouard.
Ils se refusent à voir mourir un langage qui leur est propre et qui affecte tant leurs souvenirs.
André Dode :
Le but de notre travail est de conserver les sons, les prononciations vraies et, par des moyens audio et vidéo appropriés, les faire connaître et parler autour de nous dans notre vallée du Vénéon où beaucoup de gens, s’ils ne les parlent pas, les comprennent presque parfaitement, de Venosc à Saint-Christophe-en-Oisans.
Depuis deux hivers, nous avons recherché et sélectionné en puisant dans nos souvenirs et autres documents à notre portée, tout ce qui pouvait nous aider à matérialiser tous ces mots oubliés, les sons et les prononciations bien particulières et propres à cette vallée du Vénéon.
Pour ce faire, nous avons été amenés à écrire d’une certaine manière phonétique (avec des règles propres édictées par nous-même) 560 mots et 560 phrases explicatives s’inspirant du parler local.
Dans le cas où d’autres personnes seraient intéressées pour se joindre à nous, elles seraient bien sûr les bienvenues ; elles peuvent se faire connaître à la bibliothèque de Venosc auprès de Madame Paule Brun.
Exemple :
Le patois de Venosc se caractérise par la présence d’un S spécial très utilisé qui ressemble au TH anglais. Ce S se prononce comme le font les personnes dont on dit qu’elles ont un “cheveu sur la langue”. Pour émettre ce son, il faut plaquer la langue contre les incisives supérieures en la décollant.
Ainsi le mot patois “chien” qu’on peut prononcer TSIN ou SHIN. Ce fameux son venosquin intervient souvent associé à d’autres consonnes
Il faut adopter ces sons nouveaux pour prononcer le patois mais seuls les venosquins ayant entendu leurs parents pourront vraiment les réaliser.
Le pain est cuit = LE PAN É TCHE ou TCHEU
Extrait du compte-rendu de la première réunion
Nous abordons le patois de l’Oisans en sachant que celui de chacune des 20 communes du canton comporte des différences sensibles.
Au cours des siècles, différents apports ethniques ont ajouté quelques éléments aux racines initiales communes de la langue fondamentale.
La vallée se situant hors des axes de circulation importants, l’évolution s’est faite à des doses homéopathiques, ayant échappé aux grandes migrations ainsi qu’aux guerres de religion et à la révolution.
Elle fut un refuge pour quelques isolés accueillis par une population hospitalière : les maquis s’y sont retranchés en 1945.
Les arrivants et le développement des familles déjà installées accentuèrent la pénétration, en profondeur, de l’habitat dans le massif montagneux, se rapprochant des glaciers à une altitude où les pâturages, permettant l’élevage des ovins, pouvaien assurer une existence précaire grâce à la culture de quelques légumes essentiels et de céréales adaptées comme l’orge et le seigle, au-dessus de 1000 mètres d’altitude; plus bas, dans les terres profondes, le froment en-dessous des 1000 mètres.
L’étendue de ces pâturages permit l’accueil des ovins en transhumance, provenant du midi de la France, fuyant en été les périodes sèches de Provence. Les bergers méridionaux utilisèrent les habitants expérimentés, ce qui provoqua le brassage de la population. Certains arrivants, séduits par le charme de nos filles, se fixèrent définitivement ; d’où les noms de Paquet, Bérard, Gaspard.
Quelques jeunes de souche, à l’automne, suivirent les troupeaux pour l’hivernage en Camargue ou dans la Crau. Cela eut une influence sur le langage local.
Ainsi on découvre, en haute vallée, à Saint-Christophe, un accent différent de celui de Venosc : plus près du provençal par une articulation plus ferme, des modulations plus chantées, plus exubérantes.
Robert Giraud
Patois du Vénéon
André Dode continue de tracer son sillon dans le patois de l'Oisans, soutenu par son compère Robert Giraud et quelques amis de Venosc. Le premier a enregistré au caméscope un document précieux : de courtes phrases, d'abord écrites puis prononcées par des autochtones de la vallée du Vénéon, enfin traduites en français. Le second a empoigné l'informatique pour fixer plus de 1600 mots ou expressions traduits ; il en ajoute constamment. Il a traduit quelques textes. Il y faudra bientôt une publication entière.
Un patois étant la marque de l'identité d'une communauté restreinte, il ne faut pas s'étonner qu'il présente de nombreuses variantes selon les villages. "Venosc et Saint-Christophe, dont le langage diffère légèrement, forment le patois du Vénéon. Dans les deux communes, les hameaux dispersés ont certaines particularités. Ainsi pourquoi les "carôta" à Venosc sont les "pastoulrada" à La Danchère ?"
Quelques termes – Qui les connaît encore ?
Il nous est possible de communiquer, à la demande la liste des 1560 termes transcrits en mai 2004.
Abriter
Battre (le blé)
Chose
Accroupir
Bûche
Cloche (de vache)
|
Asoutà
Ikoulre
o'oulrà
Akashà
Grebou'n
Soulrayio
|
Tant ke l’aoulro soufleiré su la braza è ke nou salreun itchi nou mertreune un moursé de bo din le poêle.
Chalreunda è passa, le soulre alyuro un paou mei la coumbo de velreun.
O zo ikara su le glia, o sè agrepa a un garnassoun par ne pas cheï.
La feï freu, la fo enka se tchulri.
La fune de notre fourneu de patois d Venoo e leu avo din le bulletine de l’associassioun sé veu de peï Auris. Moussieu Hostache René l’o veu è nou zo soulra par velri travaya aveï nou z’aoutre. |
Tant que le vent soufflera sur la braise et que nous serons là nous mettrons un morceau de bois dans le poêle.
Noël est passé, le soleil éclaire un peu plus la vallée du Vénéon.
Il a glissé sur la glace et s’est rattrapé à un petit sapin pour ne pas tomber.
Il fait froid, il faut encore se couvrir.
La fumée de notre cheminée de patois de Venosc, et lue aussi dans le bulletin de l’association, s’est vue depuis Auris. Monsieur Hostache René l’a vue et nous a appelé pour venir travailler avec nous. |
Les foins au Villar d’Arène - Jérôme Faure témoigne :
Journa de Daille
Leva le mati à pointe du jour; bioure le café, prépara le casse-croute par la journa: Pò, dioux ue, jambou, froumage una bouteille de vin; le tout din le sac à échine, monta à pié ou col. Daille, martelure, le cougne avec de l’aigue par aiguisa la daille.
Arriva au pra, pousa le sac din l’angle du pra, faire un petchi rion à la daille par pousa le sac, li mettre le vestou dessu et un poi d’herbe dessu par le tenir au frai; coumensa le pra par la drette; faire traille ou quatre enden en attendant l’arriva du sourleil par cassa la croute en vitesse par ne pas perde de temps; bioure une petchi canou; enchapla la daille; car si la daille copa bie la fatigue bie mon.
A medjour cassa una bonna croute demi oure environ, faire une boune sieste, bioure une petchi canou et au boulot. Sea jusqu’au vepre; deviadje mague à la fème par mouse la vache migea la soupe et à la coudjo. Faire une aboune toilette et le lendemo um pai d’aigue froide sur la figure. Séa una journa falia compta faira daille bourassa de stente kilose. |
Journée de fauchage
Lever le matin à la pointe du jour, boire le café, préparer le casse-croûte pour la journée: pain, deux œufs, jambon, fromage, un litre de vin, le tout dans le sac à dos, départ à pied sac au dos, faux, martelure sur l’épaule avec le coin à eau; une heure de marche pour arriver au pré.
Faucher un petit carré pour poser le sac et le recouvrir avec le veston et un peu d’herbe. Attaquer l’angle droit du pré pour faire deux ou trois andains en attendant le lever du soleil pour casser la croûte en vitesse; ensuite enchapler la faux car si la faux coupe bien on fatigue bien moins ; boire encore un petit verre de vin et attaquer de faucher jusqu’à midi.
Manger une demi-heure, faire une bonne sieste d’environ une heure et réenchapler la faux; boire un petit canon et au boulot; faucher jusqu’au soir. Rentrer à la maison, parfois se donner la main à la mère pour traire la vache, manger la soupe et au lit car après dix heures de boulot il faut du repos. Faire une bonne toilette ; le lendemain un peu d’eau froide sur la figure. Pour une journée, il fallait compter dix bourras de soixante-dix kilos. |
|
| |
|
Tu
sais le mot, le pâtre sait la
chose. | |
|
|
|